Etude historique

Avant la fondation du village actuel existe déjà le village de VILLELONGUE avec son église romane du milieu du XIIe siècle, en bordure de la Baïse. La seigneurie de MONTGAILLARD, dont dépend VILLELONGUE, appartient à VIANE de GONTAUD, fille de VITAL de GONTAUD, petite fille d’HENRI, seigneur de BIRON. Elle épouse successivement AMANIEU VI d’ALBRET, l’un des plus grands seigneurs de Gascogne, puis ELIE de CASTILLON, mais l’Eglise casse ces deux mariages. Devenue seule et sans enfants, VIANE fait donation de tous ses droits sur MONTGAILLARD, le 2 avril 1275, à JOURDAIN de l’ISLE, son neveu. Elle meurt le 21 février 1281 à CONDOM au couvent des Frères Prêcheurs où elle s’était retirée.
Entre ces deux dates, le roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine, Edouard 1er vient d’obtenir la rétrocession de l’Agenais par le roi de France et, le 10 août 1279, la cérémonie de prise de possession de l’Agenais a lieu dans la bonne ville d’Agen. C’est à ce moment que JOURDAIN de l’ISLE prête serment au roi-Duc pour ses nouvelles possessions agenaises. Peu de temps après, il est décidé d’établir un paréage entre le représentant du Roi d’Angleterre, JEAN de GRAILLY et JOURDAIN de l’ISLE, seigneurs des terres sur lesquelles il est question de créer une bastide du nom de VIANNA = nova bastida seu villa vocata VIANNA. Le territoire en est précisément défini, de la Baïse, près de l’église de VILLELONGUE, aux rochers de MONTGAILLARD d’une part, et de la terre de BETZ de CASENEUVE aux fiefs anglais de LAVARDAC. Le contrat est signé le 22 novembre 1284.
VIANNE fait partie du grand mouvement des « bastides », comme il se dit au Pays d’Oc. Il faut plutôt parler du mouvement de peuplement qui s’est déployé sur toute l’aire géographique de l’Europe occidentale et qui est venue se clore dans le Sud-Ouest de la France par l’histoire des bastides. Il convient de considérer VIANNE comme l’un des cas exemplaires de toutes les fondations de villes en Europe du Moyen Age.
Les villes neuves du Moyen Age se sont répandues de l’Espagne à la Pologne en passant par l’Angleterre, l’Allemagne, la Tchécoslovaquie , l’Autriche, l’Italie et la France. Depuis le XIe, siècle pour des raisons variées, on assiste à une ré-organisation d’un habitat existant plus ou moins dispersé. Grâce à une forte croissance démographique et économique, ce phénomène de regroupement des populations conduit à la création successive ou concomitante de sauvetés, de bourgs ecclésiaux, de bourgs castraux, de castelnaux et de bastides.
Pour ce qui concerne le Sud-Ouest de la France le phénomène bastide proprement dit débute à la fin de la guerre des Albigeois avec le traité de MEAUX-PARIS en 1229, qui consacre la défaite du comte de Toulouse, assure la confiscation de ses territoires orientaux et prépare l’intégration future de l’ensemble en son pouvoir à la couronne de France, par un mariage alliant la famille royale en la personne du frère de LOUIS IX, ALPHONSE de POITIERS, à la famille des RAYMOND, par Jeanne, fille unique de RAYMOND VII .
L’autorisation de reconstruire pour reloger les innombrables sans-abris, victimes de cette véritable guerre, permet la réalisation de regroupements d’habitations sous forme de villages ou de bourgs qu’on appellera « bastides ». La période pendant laquelle va se réaliser ce nouvel essor de créations urbaines s’étend de la fin de la guerre des Albigeois (croisade contre le schisme cathare) à la guerre de Cent Ans qui se déclenchera en 1337.
Conçue dans le cadre d’une politique d’aménagement du territoire pour le compte du roi d’Angleterre, duc d’Aquitaine, VIANNE s’inscrit dans le cadre des positions existantes, face à face, bastides anglaises contre bastides françaises.
Ainsi de DURANCE, VIANNE et VILLEFRANCHE-de-QUEYRAN face à DAMAZAN, LAVARDAC et MONTREAL, établies déjà par ALPHONSE de POITIERS. Destinés à attirer les populations, à créer des richesses par les échanges commerciaux, ces villages sont construits selon une structure régulière avec une place au centre, l’ensemble entouré de simples fossés pour les garder comme villes ouvertes. Ce n’est qu’en 1323-1325 que les fortifications deviennent indispensables pour mettre la population à l’abri des exactions et des escarmouches préludant aux hostilités franco-anglaises.
Ainsi, partant d’une notion de ville marché, ouverte et accessible pour l’échange et le commerce, la bastide subit les aléas de la politique des grands féodaux et s’oblige, sans raison militaire particulière, à se refermer sur elle-même pour abriter les habitants des désordres d’une guerre qui s’annonce longue.